Quel est le plus vieux récit du monde ?

Quel est plus vieux récit
du monde ?

A votre avis quel est le plus vieux récit du monde ? 

Contrairement à ce que l’on croit, il ne s’agit ni de la Bible, ni de la Torah et encore moins des mythologies. Il s’agit d’un récit héroïque racontant les aventures du roi Gilgamesh dans sa quête de l’immortalité. 

Une histoire vieille de plus de 5000 ans qui doit sa conservation et sa diffusion à une invention qui va révolutionner l’histoire de l’humanité.

 

L’écriture : la première base de données artificielle

Si l’écriture semble être une évidence aujourd’hui, ce n’était pas le cas il y a 5 000 ans.

A l’époque, tout se conclue verbalement et le stockage des biens n’est représenté que par des lignes sans référence. Avec des données toujours plus denses, le cerveau humain atteint rapidement ses limites de stockage. Il devient urgent de trouver un nouveau moyen de sauvegarder les connaissances et les informations. La meilleure solution fût de graver des symboles sur des plaques d’argiles et de leur attribuer une fonction et un son. De simples pense-bêtes qui vont révolutionner le monde.

Cunéiformes
L'écriture cunéiforme, premier alphabet connu

L’écriture est née. Sans cet alphabet primitif internet n’existerait pas aujourd’hui, car l‘écriture va être le premier vecteur de diffusion d’idées, de pensées et… d’histoires.

La première épopée gravée dans l'argile

Il va de soi que les histoires existaient avant l’invention de l’écriture. De tradition orale, elles voyageaient de cité en cité grâce aux caravanes de marchands, mais cela posait un problème : celui de l’authenticité. Le cerveau humain n’étant pas conditionné pour enregistrer à la manière d’un dictaphone, les récits sont inévitablement modifiés selon les profils de ceux qui les transmettent. Un jeu de téléphone arabe où les versions varient d’une bouche à l‘autre. C’est là que l’écriture entre en scène. D’abord destinée à améliorer l’administration de la cité, elle va devenir une mémoire virtuelle pour tous ces récits qui vont enfin avoir leur originalité propre. L’un de ces récits va connaître un tel succès qu’il deviendra une référence spirituelle : l’épopée de Gilgamesh.

Qui est Gilgamesh ?

Contrairement à ce que son nom pourrait indiquer, il ne s’agit pas d’un Pokémon ! 

Tout comme Jason, Hercules ou Thésée, Gilgamesh est un héros et pas n’importe lequel : il est l’ancêtre de tous les héros des mythologies anciennes. Tout découle de son épopée. Ses aventures le conduisent à affronter des créatures envoyées par les dieux ou bien à explorer un monde encore inconnu à cette époque. Il est également confronté à de grands malheurs, tout particulièrement à la perte de son fidèle compagnon de route. Perte qui va le pousser à sa plus grande quête : la recherche de l’immortalité

Finalement, même si Gilgamesh n’atteint pas de cette ultime quête, l’écriture de son épopée, elle, s’en rapproche. En effet, cette histoire adopte une construction narrative qui sera par la suite développée et utilisée à des fins culturelles et politiques. Une stratégie facilitée par la langue commune que partagent toutes les cités de la région.

La sauvegarde du monde connu

Essayez d’imaginer la Mésopotamie il y a 5 000 ans : elle se compose d’une mosaïque de cités indépendantes, parsemées le long des fleuves Tigre et Euphrate dont le seul point commun est la langue sumérienne. 

Depuis l’invention de l’écriture, les échanges d’informations et de connaissances deviennent plus fiables et plus rapides que par la tradition orale. Très vite les dirigeants de ces cités comprennent que contes et histoires structurent la société avec pour but l’identification à une communauté.

On ira jusqu’à donner une importance spirituelle à ces récits partant du principe que si on ne raconte pas le monde, il disparaîtra. Une vision apocalyptique qui renforce le prestige et le respect des civilisations qui détiennent ces histoires. L’épopée de Gilgamesh devient la référence de cette nouvelle civilisation sumérienne et la gardienne du monde connu. Une figure héroïque faite pour séduire et qui donne le sentiment d’appartenir à un peuple élu.

De Gilgamesh
au storytelling sur Tweeter

de tweeter à gilgamesh

Le succès de l’épopée de Gilgamesh a fait prendre conscience aux civilisations d’antan qu’une bonne histoire est un ciment essentiel pour construire une société et pour laisser son empreinte dans l’Histoire. Des mythologies grecques ou romaines jusqu’aux blockbusters d’aujourd’hui, en passant par les récits bibliques, toutes les histoires restent calquées sur le modèle de cette figure légendaire vieille de 5 000 ans. Loin d’être sur le point de disparaître, les histoires augmentent de façon exponentielle dans notre quotidien et se diffusent encore plus largement depuis l’arrivée des réseaux sociaux et des nouveaux moyens de communication. Le storytelling n’est donc pas un effet de mode actuel ou une nouvelle lubie marketing. Il repose sur le plaisir inhérent à tout être humain de la fiction.

Le paradoxe est qu’actuellement, les supports destinés à partager toutes ces histoires ont une durée de vie de plus en plus courte : de tablettes d’argile pouvant atteindre une longévité de 10 000 ans, on passe aujourd’hui à des tablettes numériques dont la durée de vie n’excède pas 10 ans.